Le grand voyage des plantes sauvages… En chanson (partie 2) !

Reprenons notre chanson sur le grand voyage des graines des fleurs sauvages là où nous l’avions laissée. Nous sommes quelque part entre le quatrième et le cinquième couplet, où un Merisier, adepte du «taxi-crotte» (ses cerises voyagent dans l’intestin des oiseaux qui les mangent), rêve d’un moyen de transport un peu plus hygiénique: l’eau ! Laissons le Nénuphar lui répondre:

« Gare aux clichés dit Nénuphar

L’hydrochorie, façon têtard,

les vagues ça fait vacances,

Mais quand ça tangue, on boit la tasse…

Comme on est pas des bigorneaux,

Si je pouvais, j’prendrais le bateau ! »

Les végétaux hydrochores confient leurs bébés nageurs aux vagues. Dans l’art difficile de la nage, toutes les sauvages ne font pas preuve de la même élégance: certaines se contentent de couler, comme les lourdes graines du Nénuphar jaune. D’autres flottent fièrement, à l’image des fruits des Cocotiers dont les noix de coco peuvent parcourir des milliers de kilomètres le long des côtes.

« Antrhopocorie dit Amarante:

Via cargo, je suis une immigrante,

Je suis passé sur l’autre rive,

Pour qu’on me traite d’invasive,

Dans un pays où il fait frisquette…

J’préfererais rester sous une couette ! »

L’anthropocorie s’appuie sur l’activité humaine, qui joue un rôle prépondérant dans la dissémination des végétaux à travers la planète. Le plus souvent volontairement avec les plantes cultivées, ou avec l’importation d’exotiques pour l’alimentation, la médecine ou simplement pour faire joli dans le jardin. N’oublions pas les passagères clandestines dont les graines voyagent à dos d’avion, de bateau, de train, quant elles ne se cachent pas dans les rainures des pneus des voitures !

Un pied sauvage de Tomate en plein centre-ville, que personne n’a planté là… Probablement une graine échappée d’un sandwich: antrhopocorie !

 

« Epizoochorie dit Dame Bardane,

Au chaud sous la fourrure d’un âne,

D’un chat, d’un chien pour voyager,

Difficile de ne pas rester collée…

Avec des puces pour seuls voisins,

Si je pouvais, j’me gratterais bien ! »

Les plantes epizoochores ont développé diverses techniques (colle, épines, crochets…) qui permettent à leur semences de s’accrocher aux fourrures des animaux de passage… Comme à vos chaussettes ou à votre bas de pantalon !

Fruits de la Bardane (Arctium sp), à l’origine de l’invention du scratch et du velcro !

Epizoochorie (fourrures et bas de pantalon), endozoochorie («taxi-crotte») et myrmécochorie (à dos de fourmis) sont autant de moyens de transports qui reposent sur les insectes et animaux. On aurait pu rajouter à cette liste la dyszoochorie, qui bien que n’ayant pas de couplet dans notre chanson, mérite une citation: lorsqu’un animal emportent les fruits dans son garde-manger, il laisse forcément traîner quelques restes… Je vous laisse imaginer le rôle de l’écureuil dans la dissémination du Noisetier, un célèbre arbrisseau dyzoochore. Mais ne perdons pas le fil alors que se profile déjà (ou enfin) le couplet final :

« Puisque vos agences de voyage,

Dit Cardamine à l’entourage,

Semblent vous décevoir un brin,

Je disperserai mes chérubins,

A la force de mes propres fruits. »

Ainsi naquit l’autochorie !

 

De gauche à droite, Cymbalaire des murs, Cardamine hérissée, Herbe-à-Robert : trois stars sauvages de nos villes !

Finalement, certaines plantes se débrouillent toutes seules: c’est l’autochorie. Les moyens mis en œuvre par ces végétaux indépendantistes sont riches et variés. la Cymbalaire des murs retourne ses fleurs fécondées contre la falaise où elle pousse, déposant délicatement ses graines à la verticale plutôt que de les voir tomber. La Cardamine hérissée fait exploser ses portes graines, dispersant ses semences minuscules dans la moindre fissure alentour. L’Herbe-à-Robert catapulte ses graines autour de lui…


Parfois, on ne peut guère compter que sur soi-même !

Bien sûr, les Sauvages mettent rarement leurs œufs dans le même panier et combinent plusieurs stratégies à la fois. Mais chacune a sa spécialité… A l’issue de notre chanson, et face à une rencontre végétale improbable (comment cette fleur est-elle arrivée là ?), vous devriez pourvoir commencer à émettre quelques hypothèses sur le parcours de ses semences: gravité, vent, eau, fourmis, chiens, chats…? N’ayez pas peur de vous laisser aller aux intuitions farfelues: dans la nature, la réalité dépasse souvent la fiction !

Dessins, photos et texte : Norb de Sauvages du Poitou

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