Balade dans Paris – le 5ème arrondissement

Et si on repartait faire une petite balade scientifique dans Paris? Aujourd’hui, je vous propose un tour du côté du plus ancien arrondissement de la ville : le 5ème. Alors, suivez le guide! 

Le quartier Latin, la Sorbonne, le Panthéon, le Collège de France, la rue Mouffetard ou encore la rue d’Ulm ; cet arrondissement est, je dois vous l’avouer, l’un de mes préférés.

L’arrondissement du Panthéon, comme on le surnomme, est divisé en 4 quartiers administratifs :

  • Quartier Saint-Victor
  • Quartier du Jardin des Plantes
  • Quartier du Val-de-Grâce
  • Quartier de la Sorbonne

Des quartiers animés de par la présence de nombreuses universités et grandes écoles, plus prestigieuses les unes que les autres : l’Ecole Normale Supérieure (ENS), la faculté des Sciences, la Sorbonne et bien d’autres!
C’est la raison pour laquelle de très nombreux scientifiques donnent leurs noms aux rues avoisinantes. Tellement nombreux que je vous propose une promenade scientifique en 2 parties, afin de ne pas vous noyer sous une tonne d’informations. Aujourd’hui, place aux physiciens, chimistes et mathématiciens du 5ème!

Nous commençons notre balade du jour aux alentours de l’ENS, rue Berthollet, du nom du chimiste français Claude-Louis Berthollet (1748-1822).
Professeur à l’ENS, il vécut dans cette rue qui, à l’époque, était appelée rue de la montagne. Il découvre les propriétés décolorantes du chlore et leurs applications dans la purification de l’eau ainsi que dans le blanchiment des tissus. Il est l’inventeur de « la lessive de Berthollet », qui sera appelée par la suite eau de Javel. Pour la petite histoire, Javel était le nom du village où se situait la manufacture où Berthollet utilisa pour la première fois le chlore pour ses propriétés blanchissantes.

Continuons tout droit afin de s’engager dans la rue Vauquelin. Louis-Nicolas Vauquelin (1763-1829) était un pharmacien et chimiste français. Il réalisa de nombreuses expériences sur des minéraux et découvra deux nouveaux éléments chimiques : le chrome et l’oxyde de béryllium. On le connait également pour avoir isolé le principe actif du tabac qui n’est autre que, vous l’aurez deviné, la nicotine! Il est l’auteur de plus de 250 mémoires dans de nombreux domaines de la science.
Prenons à gauche pour nous rapprocher de l’ENS et arrêtons nous quelques instants place Alfred Kastler.
Alfred Kastler (1902 – 1984), étudiant à l’ENS, était un grand physicien qui a reçu en 1966 le prix Nobel de physique, pour la découverte de la technique dite de pompage optique. Cette technique est la base du développement du laser, inventé en 1960. Kastler fut ainsi considéré comme le « grand-père » du laser.

Reprenons notre chemin afin d’arriver rue Louis Thuillier. Contemporain de Pasteur, il participa à ses travaux sur la rage ainsi qu’aux expériences de vaccination des moutons contre la maladie du charbon. Nous croisons alors la rue Gay Lussac. Louis-Joseph Gay-Lussac (1778 – 1850), chimiste connu pour ses études sur les propriétés du gaz, a découvert la loi de dilatation des gaz. Cette loi signifie qu’en chauffant un gaz à pression constante, son volume va augmenter uniformément afin d’occuper tout l’espace disponible. Une simple expérience permet de comprendre cette loi : on place un ballon de baudruche, peu gonflé, dans un récipient rempli d’eau que l’on chauffe. Plus on chauffe l’eau, plus le ballon augmente de volume. Si on double la température, le ballon aura également doublé de volume!

A quelques pas d’ici se trouve l’Université Paris 6, rue Pierre et Marie Curie. Couple de scientifiques du 19ème et 20ème siècles, Pierre (1859 – 1906) et Marie Curie (1867 – 1934) découvrent le polonium et le radium, deux éléments chimiques extrêmement radioactifs. Pour la découverte du radium, ils recevront ensemble le prix Nobel de Physique en 1903. Marie est alors la première femme à recevoir cette distinction (1).
A la mort de son époux, elle continue ses recherches et recevra en 1911 le prix Nobel de Chimie pour l’ensemble de son « oeuvre ». C’est à ce jour, la seule (hommes et femmes confondus) à avoir reçu le prix Nobel dans deux sciences dites « dures ».
Pendant la 1ère guerre mondiale, voulant mettre ses travaux sur la radioactivité et ses effets en médecine au service des blessés, elle équipe, accompagnée de sa fille Irène, 18 voitures nommées « les petites Curie », qui constitueront le premier service de radiologie mobile. Il est maintenant temps de quitter les environs de l’ENS.

En remontant la rue Saint-Jacques, nous voici à présent face au Collège de France, place Marcellin-Berthelot, rendant hommage au chimiste français, Pierre-Eugène Marcellin-Berthelot (1827 – 1907). Spécialiste des composés organiques, il se passionnera pour la chimie des explosifs et sera nommé Président de la société des explosifs. Il étudiera également les phénomènes thermiques accompagnant les réactions chimiques, fondant au passage la thermochimie.

Face à nous, vous pouvez apercevoir la rue Thénard, du nom de Louis-Jacques Thénard (1777 – 1857), chimiste qui a découvert l’eau oxygéné, le bore ainsi que le « bleu de Thénard » également appelé bleu de cobalt, pigment minéral utilisé dans le domaine des beaux-arts. A présent, tournons à gauche pour nous rendre sur la place Paul Painlevé. On le connait essentiellement pour sa carrière d’homme politique, mais Paul Painlevé (1863 – 1933) fut également un grand mathématicien, qui montra en 1903, grâce à des équations, que la mécanique des fluides rendait le vol possible. Il fut d’ailleurs le premier passager des frères Wrigth cinq ans plus tard. Il devint alors LE théoricien de l’aéronautique.

Revenons sur nos pas afin d’aller faire un tour du côté du square Paul Langevin.
Situé derrière les bâtiments de l’Ecole Polytechnique, ce square porte le nom  du physicien français, Paul Langevin (1872 – 1946), contemporain d’Albert Einstein, qui travailla dans le domaine du magnétisme. Il est l’inventeur de l’ASDIC (Anti-Submarine Detection Investigation Committee), ancêtre du sonar, utilisé pour détecter les sous-marins.

Suivez-moi pour poursuivre notre virée scientifique. Empruntons tour à tour les rues Laplace, Descartes, puis Monge, trois scientifiques de grande renommée.
Pierre-Simon Laplace (1749 – 1827) est un mathématicien qui rentra à l’Académie des Sciences à l’âge de 24 ans seulement. Il réussit à théoriser la mécanique céleste, traitant de la stabilité du système solaire et de son origine. Il développa également une théorie des probabilités.
René Descartes (1596 – 1650), mathématicien, physicien et également philosophe français, est à l’origine de la géométrie analytique, dans laquelle les objets sont représentés par des équations. En physique, il donne un énoncé simple de la loi sur la réfraction de la lumière découvert par Snellius, formule la théorie de l’arc-en-ciel, constate également l’effet de la pesanteur de l’air et définit ce qu’est le mouvement. ll écrit trois grandes œuvres philosophiques dont « Le Discours de la Méthode » en 1637 et sera considéré comme l’un des pères fondateurs de la philosophie moderne.
Gaspard Monge (1746 – 1818), brillant géomètre, inventa la géométrie descriptive, qui est avant tout une méthode graphique permettant de résoudre des problèmes d’angles, de dimensions ou encore de position, et qui est donc très utile pour des problèmes d’architecture. Il fut également l’un des fondateurs de l’Ecole Polytechnique.

En continuant de marcher le long de cette rue, nous traversons une place du même nom, puis, sur notre droite, voici la rue Malus, tenant son nom du physicien français Etienne-Louis Malus (1775 – 1812), très connu dans le domaine de l’optique. En effet, ses travaux se portèrent essentiellement sur cette spécialité et sa grande découverte fut la polarisation de la lumière, propriété utilisée entre autre en photographie (réduction des reflets sur l’eau ou le verre, apporter plus de saturation aux photos etc.).

Nous voici maintenant arrivés au bout de la rue Monge, empruntons à présent la rue Pascal. Cette rue doit son nom au mathématicien Blaise Pascal (1623 – 1662). Il prouva l’existence du vide et de la pression de l’air (que l’on appelle plus communément la pression atmosphérique).
Il inventa la calculatrice mécanique, également connue sous le nom de Pascaline, et que je vous invite à aller voir au Musée des Arts et Métiers. Cette machine était capable d’effectuer les quatre opérations élémentaires (additions, soustractions, divisions et multiplications), grâce à un jeu de roues dentées. A l’époque, le prix de cette machine était très élevé (100 livres) et fut un échec commercial.

Notre petit tour du côté du 5ème touche presque à sa fin. Remontons vers les quais de Seine, proche de l’île de la Cité, pour finir cette balade dans la rue Lagrange, faisant référence au mathématicien et astronome Joseph-Louis Lagrange (1736 – 1813), dont l’oeuvre mathématique est immense. Il publia durant ces années des contributions majeures liées à l’astronomie, la physique, la géométrie et l’analyse. En 1788, il publiera « Mécanique analytique », une oeuvre majeure du 18ème siècle, qui sera qualifiée quelques années plus tard de « poème scientifique » par le mathématicien et physicien W.R. Hamilton.

Il ne suffit à présent que de quelques pas pour s’éloigner du tumulte parisien et se retrouver au cœur des jardins du Luxembourg. Mais ceci sera l’objet d’une prochaine promenade scientifique!

Amélie Cabasse du blog Voyages au cœur de la Science

(1) La deuxième femme ayant reçu le prix Nobel de Physique est Maria Goeppert-Mayer en 1963. Elle est co-lauréate de cette distinction avec Hans Daniel Jensen pour leurs découvertes à propos de la structure en couches du noyau atomique.

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