Des pissenlits pour faire des pneus !

Nous sommes en plein dans la Semaine Européenne du Développement Durable. En réalité, l’événement cette année dure 3 semaines !
Tu sais ce dont il s’agit ? Le développement durable doit favoriser la qualité de vie, de travail et d’environnement. Donc un des aspects du développement durable, c’est le fait de réfléchir aux moyens possibles pour produire des biens et des services en limitant la consommation de ressources, d’énergie et en diminuant la pollution … Ce n’est pas une tâche facile mais beaucoup de chercheurs, industriels et autres acteurs font des efforts pour y parvenir. Et de beaux défis ont déjà été relevés. Nous, aujourd’hui sur Kidi’Science, on va te parler du « pissenlit » car il est très étudié pour diminuer notre consommation de pétrole. On t’explique comment.

Cette plante, le pissenlit ou « dent-de-lion », souvent qualifiée de « mauvaise herbe » libère ses graines au gré du vent et embête bien les amateurs de beaux gazons ! Peut-être aimes-tu toi aussi souffler sur ses belles boules blanches pour faire voler les graines ?
Mais, sais-tu que le pissenlit peut être utilisé pour fabriquer du bon « caoutchouc » avec ses racines et qu’il serait même possible d’en faire des pneus. Certains ont réussi cet exploit !

Regardons-y d’un peu plus près.

Les utilisations du caoutchouc naturel
Le caoutchouc présente des propriétés incroyables qui expliquent pourquoi on le retrouve dans plus d’un objet de notre quotidien ! Bien sûr, on a en tête les pneus de nos vélos ou voitures mais la liste est pourtant bien plus longue : tuyau d’arrosage, tapis, amortisseurs dans les voitures et autres pièces automobiles, joints d’étanchéité, semelles de chaussures, équipements et accessoires sportifs (haltères, balles, poignées…).

Mais n’oublions pas l’autre forme sous laquelle on trouve le caoutchouc : le latex ; ce sont des particules de caoutchouc dispersées dans de l’eau. On le retrouve dans les gants des laboratoires ou auprès des professionnels de santé, les ballons gonflables ou encore les combinaisons de plongée, les colles.

Parmi les propriétés du caoutchouc particulièrement prisées et qui expliquent le choix du matériau pour tous ces objets, c’est essentiellement son élasticité pourtant associée à une grande résistance mécanique (très utile pour absorber les chocs) et son étanchéité.

Le caoutchouc qui vient des arbres
Le latex est ce liquide végétal laiteux produit par certaines plantes telles que l’hévéa, un arbre présent en régions tropicales chaudes et humides. On le récolte par une incision dans l’écorce de l’arbre ce qui sectionne les vaisseaux laticifères qui transportent le latex, une substance utile pour la défense de l’arbre en cas d’attaque (mais il ne faut pas le confondre avec la sève, ce n’est pas pareil). Le latex liquide s’accumule au « point de blessure » et s’épaissit (il coagule au contact de l’air) puis se solidifie progressivement.
Face à une demande croissante en latex et des problèmes qui menacent la survie des ressources habituelles (attaques de pathogènes, vulnérabilité face au réchauffement climatique), de nouvelles ressources sont indispensables…

Du caoutchouc avec du pétrole
Bien sûr, il y a possibilité de fabriquer du caoutchouc à partir de pétrole qui subit tout un tas de transformations. C’est ce que font pas mal d’industriels du pneu !
Mais c’est bien du côté du pissenlit que les yeux se tournent et sur lesquels certains labos s’activent. En effet, la plante à fleurs jaunes produit un caoutchouc dont les caractéristiques sont intéressantes pour le transformer en objets utilisables (ce n’est pas le cas de toutes les plantes fabriquant du latex).

Du caoutchouc avec du pissenlit
En fait, les racines du pissentit sont très riches en « caoutchouc » . D’ un point de vue chimique, la caoutchouc de ces « mauvaises herbes » est tout à fait comparable à celui de l’Hévéa. Mais il faut l’extraire des racines qui contiennent pas mal d’autres molécules : ça se fait grâce à un procédé élaboré comprenant plusieurs d’étapes qui permettent de séparer efficacement les particules de latex. D’autres molécules intéressantes sont également extraites en même temps.

L’avantage du pissenlit est qu’il possède la capacité de s’adapter et de se développer dans une grande variété d’environnements et peut donc se cultiver proche des sites industriels qui utiliseraient ce matériau. Cela limiterait, notamment pour les industriels  européens du pneu, les effets néfastes du transport sur de longues distantes depuis des zones tropicales et/ou les risques de se retrouver à court d’approvisionnement.

Mais encore faut-il bien estimer l’ensemble des contraintes : combien d’énergie dépenser, l’aspect compétition avec d’autres cultures et quels effets sur l’environnement pour cette transformation des racines de pissenlit ?
Bref, toute idée est bonne à prendre mais il faut bien étudier pour vraiment trancher et être sûr de l’impact réellement avantageux de cette approche.

Où en est-on concrètement ?
Continental®, fabricant de pneus, travaille sur ce type de produits pour les pneumatiques destinés aux camions. L’industriel pourrait bien intégrer du caoutchouc de pissenlit à la hauteur de 40 % (à lire).

Auteur :
Pascale Baugé du blog Le Monde et Nous

Références :
Dusotoit-Coucaud A. et al., « Sucrose importation into laticifers of Hevea brasiliensis, in relation to ethylene stimulation of latex production », Annals of Botany 104: 635–647, 2009

Gurao V., Rai S., »Dandelion – An Alternate to Natural Rubber », Global Journal of Materials Science and Engineering, 2019

Sarkar P., Bhowmick A., « Sustainable rubbers and rubber additives », Journal of Applied Polymer Science, 2018, DOI: 10.1002/app.45701

 

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