L’Archéologie, l’ADN et la guerre !

Le week-end dernier, 18, 19 et 20 juin, nous étions en plein dans les Journées Européennes de l’Archéologie. L’an dernier, nous avions parlé de l’endroit des fouilles (à relire ICI).
Cette année encore, avec des précautions sanitaires, des expos, des conférences, des ateliers ont fleuri un peu partout sur les territoires. Cette fois-ci on a décidé de t’emmener en plein cœur d’une bataille de la première guerre mondiale pour te montrer que l’Archéologie était incroyablement utile y compris pour des événements pas si éloignés que cela de notre époque.
Alors suis-nous dans cette aventure !
Nous partons dans le Nord de la France, non loin de Lille, plus exactement à Fromelles ! Un petit village, peu connu des français, mais beaucoup plus des Australiens !
La bataille de Fromelles
Fin 1915, une offensive franco-britannique contre le front allemand était décidée en Picardie vers la Somme : c’est la bataille de la Somme dont on parle dans tous les livres d’histoire. Dans la foulée de cette bataille et pour profiter de la désorganisation des lignes allemandes, s’est déroulée une opération de diversion, elle a eu lieu à Fromelles.
On n’en parle pas dans les livres d’histoire (en français tout du moins) mais la bataille de Fromelles fut pourtant particulièrement violente et sanglante. Elle a opposé les 19 et 20 juillet 1916, des troupes anglaises et australiennes à une division allemande et avait pour but de pénétrer les lignes ennemies en tentant d’encercler le point de résistance allemand de Sugar Loaf. Ce fut une défaite pour les Alliés.
Pour les troupes anglaises mais surtout australiennes, dont ce fut la première bataille, les pertes humaines (de jeunes soldats pour la plupart) ont été particulièrement élevées (plus de 5000 pertes en moins de 24 h pour l’Australie).

Soldat australien portant un camarade blessé

Mais alors ? Quel lien avec l’archéologie ?

Le lien avec l’archéologie
Un triste bilan de 1400 pertes du côté britannique et 5000 pertes du côté australien ce n’est pas rien ! En 2002, l’idée traverse certains esprits que trop d’hommes n’ont pas été retrouvés. Or, les familles, les gouvenements ont besoin de savoir. A coup d’enquêtes et de recherches, de calculs, l’hypothèse que des soldats sont toujours là, dans le sol, enterrés à la hâte dans des fosses communes dans le bois du Faisan (Pheasant Wood) juste après la bataille fait surface ! Mais il faut alors chercher…

Une association australienne autour d’un chercheur australien voit alors le jour et s’active pour mettre en place des fouilles archéologiques par le biais d’Oxford Archeology pour trouver les disparus.
En avril 2009, le projet est lancé et les fouilles démarrent rapidement ! C’est Oxford Archeology, un institut d’Archéologie Britannique très expérimenté dans ce type de fouilles qui a pris en charge le Projet Fromelles. La première étape fut la mise en protection du site pour éviter la contamination par tout élément perturbateur puis 17 semaines de fouilles se sont avérées nécessaires.

L’équipe était constituée de 30 spécialistes de divers domaines : ostéoarchéologues, archéologues de la médecine légale, anthropologues, un spécialiste de radiographie médico-légale, un dentiste médico-légal, un anatomopathologiste médico-légal, des officiers de scènes de crime… Des experts extérieurs ont également été mandatés dans le but d’apporter une expertise “qualité” sur le travail réalisé.

Le résultat  ? Les recherches ont été fructueuses : 250 corps furent exhumés !

Un nouveau musée (le Musée de la bataille de Fromelles) a vu le jour en 2014 pour parler de tout cela : il explique les tenants et aboutissants de la bataille, l’histoire et les conditions de vie des soldats et les fouilles archéologiques liées au site.

Voyons comment les fouilles et identifications ont été réalisées.

Le musée jouxte le Cimetière de Pheasant Wood, construit par la Commission des Tombes de Guerre du Commonwealth (CWGC) pour accueillir les 250 soldats dans des tombes individuelles.

Les méthodes utilisées pour les fouilles

La première étape nécessaire à l’exhumation des corps et des objets a consisté à réaliser des fouilles mécaniques (à la pelle) sous contrôle d’un officier des munitions non explosées, jusqu’à une profondeur de 20 cm au-dessus de la zone d’inhumation.

Dans une seconde étape, un travail à la main a été mené par des ostéo-archéologues qui ont travaillé couche par couche du plus haut et vers le bas.


Pour détecter des objets et os enfouis, des méthodes telles que la détection de métal, les rayons X (comme pour faire les radios) sur des échantillons de sol autour des squelettes ont été utilisées.

Parmi les difficultés rencontrées, la nature du sol en fut une. L’argile du site est épaisse et collante : les corps ont donc été relativement bien stabilisés pendant toutes ces années mais lors de la fouille, le tamisage par les ostéologues a  été difficile. Il a fallu chercher les bonnes techniques pour retrouver des os de petite taille sans les abîmer pour qu’ils puissent conter leur histoire.

Les objets retrouvés
Ils sont nombreux (+ de 6000 objets retrouvés) et divers, surprenants, parfois très émouvants car très personnels :
– des boucles métalliques d’uniformes,
– un billet de train (non utilisé) replié dans un sac de masque à gaz,
– des épingles à nourrice,
– des badges, boutons, tissus issus des uniformes
– des porte-cigarettes,
– des kits médicaux, des crayons,
– des livres, une Bible (avec passages soulignés),
– des pièces !

L’étude de ces objets est importante mais ça reste moins fiable que celle des restes des individus car les objets ont pu être déplacés ou échangés entre les soldats.

La découverte des squelettes et l’analyse ADN pour l’identification des corps
Les squelettes retrouvés étaient globalement dans un bon état de conservation. L’une des pistes suivies pour l’identification a consisté à essayer de regarder les caractéristiques des os, la stature de l’individu, sa hauteur, ses traits faciaux.
L’étude de la dentition est aussi riche en renseignements : la présence de caries dentaires par exemple a permis de reboucler avec les informations contenues dans les archives des dossiers médicaux des jeunes soldats disparus.

Mais c’est surtout le profilage ADN qui a été largement utilisé dans le cadre du projet Fromelles : elle a permis de compléter les autres approches !
Cette technique permet de comparer l’ADN des restes humains (extrait des os, des dents) avec celui des descendants vivants ! On regarde surtout des marqueurs spécifiques -des zones de l’ADN peu modifiées lors de la filiation- sont passés à la loupe. Pour les soldats partis au combat après avoir été pères, la comparaison avec l’ADN de la descendance directe est alors possible.
Pour les soldats sans enfant, il faut regarder les descendants des frères ou des sœurs !

Bref, un beau travail d’archéologie mais pas forcément facile, bien que les événements se soient passés il y a moins de 100 ans.

Texte : Pascale du blog Le Monde et Nous
Maquette (Alien) : Stéphanie (Stefcomics)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.