Les géants de nos forêts nous surprennent encore !
En ce moment, tu l’as forcément remarqué, la France vit un début d’été plus que difficile et le mot est faible ! Les canicules qui s’enchaînent provoquent une sécheresse très marquée. Une sécheresse, tu connais la définition ? Elle se caractérise par un manque d’eau si fort que les besoins des sols, des végétaux, des animaux et même des sociétés ne sont pas satisfaits !
Et si on s’intéressait aux arbres ?
Les grands arbres font l’objet d’une grande admiration : comment ne pas être séduits par des colosses qui peuvent culminer à des hauteurs vertigineuses ? Te rends-tu compte ? On a parfois des espèces de plus de 70 mètres de haut ! Ca nous fait tourner la tête et ça intrigue ! D’ailleurs les scientifiques cherchent à décrypter leur mode de fonctionnement, leurs secrets afin de les protéger face aux différentes menaces (d’autant plus qu’ils jouent un rôle énorme dans le stockage du carbone).

Nous avions déjà évoqué ce sujet dans un précédent article (à relire ici).
Une fragilité observée pour les grands arbres
Malgré leur robustesse apparente, de nombreuses études ont montré que les arbres de grande taille semblent moins bien résister que les plus petits en période de sécheresse. Les scientifiques l’expliquent généralement par la limite hydraulique atteinte à partir d’une certaine hauteur d’arbre… Voyons ce que cela signifie, mais d’abord, cherchons à comprendre comment ils font pour absorber l’eau et surtout la transporter tout là-haut jusqu’aux feuilles de la cime, parfois situées à plusieurs dizaines de mètres afin d’assurer la photosynthèse !
En un mot comment l’eau monte-t-elle au mépris de la gravité ?
De la physique au sein des arbres
Les racines absorbent l’eau présente dans le sol par un mécanisme qui repose sur la différence de teneur en eau entre le sol et l’intérieur des racines et sur le phénomène d’osmose ! Une fois absorbée, l’eau circule dans le xylème, un réseau de minuscules conduits. Mais c’est la transpiration de l’eau au niveau des feuilles qui crée une dépression (aspiration) qui « tire » l’eau vers le haut. Dans la mesure où les molécules d’eau restent liées entre elles grâce à une tension superficielle élevée, c’est toute une colonne d’eau qui monte dans l’arbre.
Mais il y a une limite !

Plus la distance est grande, plus la tension exercée sur la colonne d’eau augmente. Si cette tension devient trop importante, la chaîne se rond et une bulle d’air peut apparaître : on appelle ce phénomène, la cavitation. Lorsque la circulation est interrompue, on parle d’embolie. Si de nombreux vaisseaux sont touchés, c’est la mort de l’arbre.
C’est ce qui rend les colosses végétaux plus fragiles à la sécheresse du moins, c’est ce que les scientifiques pensaient. Mais c’est une hypothèse à vérifier !

Une étude qui vient nuancer !
Très récemment (juillet 2026), une étude a été publiée par des scientifiques sur cette question. Il s’avère que les grands arbres (du moins chez certaines espèces tropicales) arrivent parfaitement à absorber l’eau et l’acheminer jusqu’au plus haut niveau et ce, avec une grande efficacité. Pour comprendre, les chercheurs de l’université de Cardiff ont comparé les caractéristiques des feuilles, des branches de plusieurs espèces d’arbres tropicaux de hauteurs variant de 7 à 70m (famille des diptérocarpacées, d’immenses arbres tropicaux dans les forêts de Bornéo).
L’une des adaptations vient du fait que les vaisseaux du xylème des arbres de 70m ont un diamètre 2 fois plus grand que ceux des arbres culminant à 10m. Cela facilite la circulation car la résistance est moindre ! Les auteurs ont aussi montré que pour ces espèces d’arbres tropicaux, le tissu des petits et celui des grands arbres répondent de la même façon à la déshydratation ; ils ralentissent leur croissance dans les mêmes proportions.
Alors ?
Globalement, les grands arbres sont quand même plus vulnérables mais ce n’est pas forcément en lien avec une limite hydraulique. Les facteurs écologiques peuvent jouer un rôle prépondérant : les auteurs évoquent les attaques de scolytes, des coléoptères qui creusent des galeries sous l’écorce. Cette étude montre que les géants des forêts tropicales ont déjoué les contraintes liées à leur taille : leur bois et leurs feuilles s’adaptent pour maintenir un transport efficace de l’eau malgré leur taille.

Que retenir de tout cela ?
– Pendant longtemps, les scientifiques pensaient que la hauteur des arbres expliquait à elle seule leur vulnérabilité à la sécheresse. Cette étude montre qu’il faut regarder plus largement : ainsi leur protection passe aussi par la préservation de leur environnement, notamment surveiller les insectes ravageurs comme les scolytes.
– Il faut se méfier des raccourcis en ne cherchant qu’une explication unique. Les explications sont souvent plus complexes.
– La science progresse sans cesse et avance en affinant ses modèles et ça, c’est formidable !
Référence :
Paulo Bittencourt et al. Height does not impair the hydraulic system of the tallest tropical Dipterocarp trees. Science393, 60-64 (2026). DOI:10.1126/science.aea9013
Texte : Pascale Baugé du blog Le Monde et Nous
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