Un pot de chambre bien particulier !

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à des plantes un peu particulières : les plantes carnivores. Pourquoi ces plantes se nourrissent-elles d’insectes parfois de chenilles ou d’escargots, voire dans certains cas de petits mammifères ?
Ces plantes se trouvent généralement dans des sols très pauvres dont elles ne peuvent tirer suffisamment de nutriments pour leur survie. Elles doivent donc développer des moyens voire des stratégies pour subsister dans l’environnement qui leur est offert.

Les plantes carnivores sont toutes des angiospermes, c’est-à-dire des plantes à fleur et il en existe un peu plus de 400 espèces (dont seulement 21 vivent en Europe, mais globalement, on peut trouver des plantes carnivores à peu près n’importe où sur Terre, excepté peut-être au Canada, en Sibérie au Groenland et dans les autres endroits très froids).

Voici quelques portraits et leur version « en fleurs »

galerie_Plantes carnivores

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Les besoins des plantes
Des chercheurs ont montré que les plantes carnivores utilisent leurs proies comme source d’Azote (nécessaire à la synthèse de protéines, elles même nécessaires à la survie de tout être vivant).
En temps normal les plantes puisent l’azote et beaucoup d’autres nutriments dans le sol par les racines (d’où l’utilisation d’engrais contenant de l’azote en agriculture).
Cependant, de manière générale, les plantes carnivores vivent sur un sol pauvre, on peut donc supposer que cette carence a fait office de pression de sélection et a permis l’émergence du régime à base de protéines animales chez les végétaux.

Faisons alors un petit tour des différents types pièges que les plantes carnivores ont élaborés.

Les différents pièges

On peut citer les pièges à mâchoires de la Dionée.
Les mâchoires du piège sont en réalité des feuilles modifiées arborant des « dents » à leurs extrémités. A la base de ces dents, des cellules nectarifères vont produire des odeurs destinées à attirer les insectes vers la face intérieure du piège. Cette dernière comporte en général deux lots de 3 poils sensitifs qui une fois touchés deux fois (pour éviter la fermeture du piège si une goutte d’eau de pluie tombe dessus par exemple), vont induire l’incurvation de la surface du piège et sa fermeture quasi instantanée. La digestion peut alors commencer, sous réserve que la proie soit bien comestible !

Autre type de piège :  le piège semi-actif collant par des tentacules végétaux chez les plantes de type Drosera. Ces plantes sont d’assez proches parentes des Dionées mais utilisent une toute autre stratégie pour capturer leurs proies puisqu’ici c’est la colle (ou glu) qui fait tout le travail. En effet, les Droseras portent à la surface de leurs feuilles, des centaines de minuscules tentacules, des poils portant à leur extrémité un chapeau composé de cellules sécrétrices d’une substance très visqueuse ou d’enzymes (pour le début de la digestion).
Ces tentacules donnent aux Droseras une apparence de feuille couverte de rosée ou de nectar. qui attirent les insectes. Ils finissent leurs jours lamentablement englués.
A partir du moment où la victime a trempé les pattes dans la colle, la feuille concernée se replie lentement autour de celle-ci, permettant ainsi à d’autres tentacules de s’y accrocher pour augmenter sa prise et améliorer la digestion (en s’enroulant autour de l’insecte, la feuille le ramène vers sa nervure centrale où se trouve les glandes digestives).

piege_semi_actif
Tentacules de Drosera en action
Source

Un autre type de piège assez répandu concerne les plantes à piège passif : ce sont des urnes remplies d’enzymes digestives.
Le principe général est d’attirer la proie à l’intérieur de l’urne, l’empêcher de sortir, la noyer et enfin la digérer.
Pour l’attraction, la plante utilise deux outils : d’une part les urnes elles mêmes aux couleurs vives et au magnifique capuchon (qui sert alors à protéger l’urne de la pluie) sont un stimulus visuel pour les insectes et d’autre part les glandes nectarifères situées en marge du capuchon et produisant des parfums enivrants.
Pour empêcher la bestiole de s’échapper, plusieurs stratégies peuvent être mises en place. L’une d’elles est que les parois internes de l’urne sont enduites d’une substance très glissante qui empêche toute remontée !

D’autres types de pièges et de vidéos ici

Une histoire de pot de chambre
Oui, mais voilà, parfois, tout cela ne suffit pas.
Malgré tout cet attirail de stratégies pour se sustenter, certaines variétés de plantes carnivores à urnes (exemple de la Népenthès de Raffles) ne parviennent pas à capturer suffisamment de bestioles.

nepenthes
Plante carnivore à urne « Nepenthes »

C’est le cas de la plante Nepenthes l’Elongata dont la forme de l’entonnoir est très élancée et qui ne génère pas autant de parfums que ses voisines. Pour pallier à ce manque, celle-ci semble avoir passé un contrat peu ragoutant avec une espèce de chauve-souris* : « la chauve-souris laineuse de Hardwicke » un petit mammifère qui ne fait pas plus de 4 cm de long.
Pour quoi faire ? pour se nourrir tout simplement.
L’animal s’installe dans le trou végétal pour se mettre à l’abri et y dépose excréments et urine : cela constitue une source intéressante en protéines et autres substances azotées.

* D’autres types de petits mammifères ont également passé pareil contrat.

plante carnivore

On peut se demander si les deux protagonistes de cette collaboration y tirent avantage.

Des recherches sur le sujet ont montré que le mammifère qui pourrait très bien se cacher ailleurs (trous d’arbres, feuilles, ou même d’autres types de Népenthès), préfère l’urne de l’Elongata. Il semble que les caractéristiques de cette plante soient plus intéressantes : plus de place pour se caler dans ce réceptacle cylindrique et une moindre production de liquide digestif. Cela permet même à deux animaux de se nicher en même temps (une mère et sa descendance par exemple), d’échapper aux prédateurs et de trouver protection contre la pluie et les rayonnements du soleil.
D’autres petits mammifères sont également attirés par le nectar pour s’en sustenter.

Il s’agit donc d’une relation de symbiose (ou vivre ensemble par aide mutuelle) entre la plante et les petits mammifères, où chacun bénéficie d’un apport nutritif (relativement appétissant…) dans un environnement assez hostile.
Une petite vidéo qui reprend tout cela et qui vous en dit plus !

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Auteurs : Vran, Taupo et Pascale BAUGE
Illustrateur : Alain Prunier du blog Koua de 9

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