L’impact du réchauffement sur la glace

Nous poursuivons aujourd’hui notre dossier « spécial climat » avec un deuxième épisode consacré à l’impact le plus visible du réchauffement : la fonte de la glace.

La semaine dernière, nous avons expliqué (relire ICI) que la Terre se réchauffait dans sa globalité (de l’ordre de 0,8 à 1°C entre l’ère préindustrielle et maintenant) et que cela allait s’amplifier avec le temps (surtout si rien n’est fait). Même en optimisant les efforts, l’augmentation de température serait à minima de 2°C d’ici 2100.
Bref, tu te dis sûrement que quelques degrés en plus, ce n’est pas si grave ! Et pourtant !
Et puis, tu constates aussi autour de toi que même si la planète se réchauffe, cela n’empêche pas de constater que certains hivers sont rigoureux avec une bonne couche de neige et des températures négatives un peu partout en France jusque dans le sud (Nice, Avignon…). Certains étés sont même particulièrement pluvieux.
Enfin, tu t’es peut-être aussi demandé comment les scientifiques pouvaient être aussi sûrs du réchauffement à l’horizon 2100 alors que les prévisions du temps pour le lendemain sont parfois complètement à côté de la plaque (ceci dit, cela arrive de moins en moins).

Et bien, nous allons t’expliquer aujourd’hui deux choses importantes :
– il faut bien distinguer la notion de climat de la notion de météo,
– une augmentation de température de quelques degrés « seulement » peut provoquer des réactions en chaîne (cela signifie qu’il y a un effet boule de neige) aux conséquences désastreuses.

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Météo et climat : ce n’est pas pareil

Bien qu’il fasse +15°C en moyenne à la surface de la Terre, cela n’empêche pas qu’il fasse +40°C dans certaines régions et -30°C dans d’autre. De même, le fait que la Terre se réchauffe à l’échelle planétaire n’empêche pas que certaines régions se refroidissent ou qu’il existe des années plus froides. Il faut comprendre que cette augmentation de température globale a pour conséquence une modification sur la répartition de la chaleur et de l’énergie autour de la Terre. D’où des dérèglements climatiques observés un peu partout dont nous parlerons dans un prochain article.

La prévision météo sert à connaître le temps qu’il va faire en un endroit de la planète mais sur une courte échéance : pour le lendemain ou les jours qui suivent. Les météorologues s’appuient pour cela sur les mesures faites par les satellites, les radars notamment les mesures de la pression atmosphérique et de la température. Ils utilisent aussi des modèles mathématiques qui permettent de prévoir à partir des mesures en certains points du globe, leur évolution dans le temps et l’espace.
L’étude du climat se fait en observant les températures, les phénomènes climatiques sur une très longue période : une trentaine d’années par exemple, parce que les climatologues prennent du recul, mettent entre parenthèses des années particulières, et regardent des moyennes.  Ainsi, observer un hiver particulier ne suffit pas à dire si le climat se dérègle ou pas.

Bref, ce n’est pas parce que tu observes un hiver rigoureux ou un été pluvieux que le réchauffement climatique n’existe pas : tu n’observes pas sur une période suffisamment longue. Il est bel et bien réel, et c’est en particulier la fonte de la banquise et des calottes glacières qui nous le montre de la façon la plus évidente.

Le réchauffement fait fondre la glace : comment ?

Sur Terre, on trouve de la glace principalement au niveau des pôles, où il fait très froid :
– au pôle Nord, c’est l’océan Arctique qui est gelé (la banquise) mais aussi des terres, comme le Groenland : un continent recouvert d’une énorme calotte de glace.
– au pôle Sud, au niveau de l’Antarctique, le continent est recouvert d’une épaisse couche de glace.

On trouve également de la glace dans les hauteurs des montagnes : la neige qui tombe l’hiver s’accumule, se tasse ce qui forme des glaciers.

Qu’observe-t-on depuis de nombreuses années ? Partout où on regarde, les glaces diminuent, les glaciers reculent. La banquise fond et s’amenuise d’année en année. Sa surface diminue d’environ 10 % tous les dix ans sous les effets du réchauffement de la planète.

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Diminution de la surface de la glace de l’Arctique ente 1980 (bas) et 2012 (haut)

Le problème est d’autant plus sérieux qu’il semblerait même que le processus s’accélère : la fonte va plus vite que ce que prédisent les scientifiques grâce à leurs modèles.
Le phénomène de réchauffement est en effet majeur aux pôles car la glace de couleur blanche, réfléchit une bonne part du rayonnement solaire. C’est ce qu’on appelle l’albédo.
La disparition de la glace diminue donc l’albédo : une part plus importante du rayonnement solaire est absorbé, le réchauffement et la fonte sont accentués. C’est un effet « boule de neige » : les scientifiques utilisent l’expression « rétroaction positive ».

La salinité et la dérive des morceaux de glace contribuent également à accélérer le phénomène de fonte : mais ces facteurs sont beaucoup plus difficiles à estimer et à intégrer dans les modèles.

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La dérive de la glace au Groenland (crédit photo Nick Russill)


Les conséquences

La fonte de la banquise comme celle des glaciers terrestres ont toutes deux d’énormes conséquences.
Lorsque la glace terrestre fond, l’eau liquide qui en résulte rejoint la mer ! Bref, le niveau de la mer monte et monte vite. Depuis 110 ans environ, le niveau moyen mondial de la mer a monté de 19 cm. Et les scientifiques estiment que le niveau pourrait s’élever jusqu’à près de 90 cm d’ici 2100 : de nombreuses îles et régions côtières risquent d’être submergées !

Par contre, lorsque la banquise qui flotte sur la mer fond, le niveau de la mer reste identique. Pourquoi ? Car en vertu du principe d’Archimède, cette glace déplace un volume d’eau de mer d’un poids égal au poids de la glace.  L’eau de fonte produite occupe exactement le volume exact d’eau de mer que la glace occupait.

Mais la fonte de la banquise n’est pas sans effet pour autant. Lorsque l’océan est libéré de sa glace, il absorbe plus de chaleur ce qui modifie les échanges avec l’atmosphère : cela risque d’impacter également le climat. Encore une boucle de rétroaction !
Nous verrons dans un prochain article la relation importante entre l’océan et l’atmosphère et comment cela joue sur le climat.

On peut également évoquer une autre conséquence de la fonte de la glace : l’eau issue des glaciers ou des continents apporte de l’eau douce (non salée) à la mer : cela modifie l’ensemble des courants marins à la surface du globe et joue sur la répartition de la chaleur au sein de la Terre.

Enfin, une petite pensée pour les ours polaires qui vivent sur la banquise. Puisqu’elle rétrécit, l’ours polaire est perturbé dans sa recherche de nourriture. L’espèce risque de disparaître.

A frame-filling portrait of a male polar bear (Ursus maritimus) jumping in the pack ice. The young male, probably due to a mix of curiosity and hunger, got really close to our ship - less than 20 meters. Svalbard, Norway.

Tu vois que quelques degrés en plus peuvent avoir d’énormes conséquences notamment à cause des boucles de rétroaction positive.

Pour en savoir plus

Si tu veux aborder la question de façon un peu différente, et rigolote, tu peux suivre les aventures de Qannik qui vient du Groenland et Hugo et Théo, dans le livre « Météo et Climat, ce n’est pas la même chose ! » de la collection Les Minipommes, aux Editions Le Pommier, écrit par Christophe Cassou (climatologue et chercheur ai CNRS), illustré par Louise Pianetti Voarick.

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Rédaction :
Sirtin du blog Sirtin
Pascale BAUGE du blog Le Monde et Nous
Illustration : Stefcomics

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